Eclairages historiques sur l’érection et la gestion du sanctuaire des Vernettes


1702 : autorisation d’installer un premier oratoire près de la source par Monseigneur Millet de Challes
1705 : Les communiers demandent à construire une chapelle plus grande dans un endroit plus sécurisé. Le révérend François Martiny est curé de Peisey (jusqu’en 1735) originaire de Moutiers, docteur en théologie.
Il s’oppose officiellement à la construction « qui va amoindrir son bénéfice-cure »
L’affaire est portée par les communiers-paroissiens devant le pape, plus précisément la sacrée congrégation du Concile à Rome.
– 1717 Rome mandate le vicaire général capitulaire pour enquêter sur place.
Il auditionne « 22 témoins assermentés qui furent entendus isolément sur les miracles opérés aux Vernettes . Au nombre des miraculés figuraient des habitants de  St Julien, Chamonix, Faucigny, Sallanches, Tignes, Aime, St Pierre d’Albigny, Hauteville-Gondon, Landry et même du diocèse de Verdun. Il rend un rapport favorable au déplacement du petit sanctuaire.
Rome donne donc  raison  aux communiers, 14 ans après leur dépôt de requête :  le 25 avril 1719, approbation  de l’érection d’une chapellenie et d’un hôpital aux Vernettes, avec un desservant dédié. L’évêque impose  en outre au curé de Peisey d’ y célébrer « une messe aux quatre temps de l’année, pour mettre le clergé et le diocèse sous la protection de la mère des douleurs ». 
Les travaux commencent en 1722 et se poursuivent jusqu’en 1727. Fresques et retables sont terminés en  1758.
1758 -1761 : réfection de l’oratoire près de la source. Clocher.
1766 : l’hostellerie autorisée est adjointe au sanctuaire.
A noter que ce bâtiment, quoique mitoyen du sanctuaire, n’a jamais été nommé ou considéré comme un presbytère ou une cure, même si il en tiendra le rôle passagèrement pendant les guerres, puis, dès la mi 19ième siècle, de façon saisonnière. Au mieux on trouve « Cure  pour abriter les pèlerins » 
Il était néanmoins dés sa construction trop modeste pour recevoir le flot des pèlerins  du 18ième siècle.
Pendant quasiment un siècle de 1719 à 1810, les Vernettes sont donc une chapellenie indépendante de la paroisse, avec son propre bénéfice cure.  Dix desservants vont se relayer avec quelques interruptions. L’hiver, ils logent à Nancroix où ND des Vernettes possède une maison. Le premier, le révérend Trésal, originaire de Peisey, quitte son poste à  « Laval de Tignes » (actuel Val d’Isère) pour venir.  Le dernier, originaire de Landry, pendant l’invasion française et la  révolution, vivait dans une telle misère que la commune lui attribua un modeste traitement.
Le pèlerinage principal était à cette époque fixé au premier dimanche d’août. Mais cela présentait le double inconvénient d’être aussi une période  de dévotion paroissiale à St Loup (retable dédié à l’église de Peisey) et d’attirer en foule les ouvriers de la mine qui causaient des troubles.
Requête est donc faite en 1773  à Monseigneur de Saint-Agnès pour que le pèlerinage soit fixé au 16 juillet, donc régulièrement un jour ouvrable… (16 juillet : fête de ND du mont Carmel. Néanmoins, il est bien spécifié que c’est ND des 7 douleurs qui est priée aux Vernettes.)
En 1792, les  pèlerins se pressent par milliers au pèlerinage, sans savoir qu’ils seront empêchés de le faire l’année suivante.
En plus de ce pèlerinage, les paroisses de la région demandent à s’y rendre en procession, à pied depuis chez elles bien sûr, syndics, conseillers et procureurs en tête.  La paroisse de Peisey y monte chaque année le lundi de Pentecôte. Presque toute la Haute Tarentaise s’y est retrouvée « l’année de la misère » (1816, celle qui n’a pas eu d’été)
On célébrait à cette époque plus de 500 messes à la belle saison aux Vernettes : une chaque heure, de l’aube à  minuit en cas de pèlerinage. C’était  aussi un « voyage de noces » classique pour les jeunes mariés de Haute Tarentaise !
 A la révolution, le sanctuaire, la chapelle de la source et l’hostellerie ne sont pas saccagés mais sont vendus comme bien nationaux.
A la restauration (1816) les héritiers des acquéreurs confient l’administration de ND à des procureurs spéciaux. Si bien que du  rétablissement du culte ( 1801. Concordat napoléonien) jusqu’à  l’annexion de la Savoie, le curé de Peisey devient le recteur de Notre Dame, mais l’administration des avoirs du sanctuaire  se fait sous le contrôle de la fabrique, avec une comptabilité strictement séparée. Les communiers  nomment 2 procureurs. Eux-mêmes rendent des comptes à la communauté puis au curé.  Conformément au règlement stipulé par la sacrée congrégation du Concile, Monseigneur l’évêque n’a que très rarement autorisé que l’on prélève des fonds destinés à autre chose que l’entretien des Vernettes. (travaux à l’église de Peisey)
1860 annexion de la Savoie par la France : régime concordataire pour l’église de Savoie, (clergé payé par l’état, un peu comme en Alsace actuellement)
Concordat « abandonné » en   1885.
La commune devient propriétaire des bâtiments en 1905.  Les conseils de fabrique dissous, la gouvernance des Vernettes par procureur dédié et comptabilité séparée perdure néanmoins jusqu’en 2014.
(Sources : Monographie A Tremey 1875, Monographie F. Richermoz 1909. Voir aussi l’or & la pierre P. Givelet ; A la découverte de l’église et des chapelles de Peisey-N.G. Gaufillet)

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