Le retable de Saint Antoine le grand

Date de 1692. Le sculpteur en est Etienne Fodéré, artiste originaire de Maurienne et installé à Seez. Redoré en 1834.
Saint Antoine au centre, en niche principale, saint Claude à sa droite et Saint François d’Assise à sa gauche.
En attique, deux anges porte-colonne entourent le jeune Jésus qui tient le globe terrestre, un ange sur chaque aile du fronton brisé, Saint Maurice à droite, … à gauche
Devant d’autel avec deux coeurs qui brûlent sur une gloire (rayons) : celui de Jésus ceint par la couronne d”épines, celui de Marie ceint par une couronne de roses.
Ce retable présente 3 saints qui ont quitté une vie confortable pour la pauvreté, le dénuement et la solitude.  Respectivement au 3ème, 7ème et 12èmesiècles.
3 saints guérisseurs de maladies épidémiques terrifiantes, 3 lieux de pèlerinage des montagnards depuis le haut moyen âge.

Ce retable a remplacé une chapelle dédiée à St Loup.
Clin d’œil : ces 3 saints ont un net air de parenté !
Il était d’usage que l’artiste-sculpteur, hébergé dans une famille du village, façonne en remerciement les visages d’après ceux de ses hôtes ! C’est pourquoi on a des « familles de saints » bâtis comme des montagnards…



Saint Antoine le grand

(ou sans Antoine du désert, ou saint Antoine l’ermite, ou Saint Antoine d’Egypte) né en l’an 251 et mort à 105 ans, après une vie passée à s’enfoncer toujours plus loin dans le désert, est le fondateur presque malgré lui de monachisme chrétien. Solitaire (anachorète), il est à la source des communautés de moines depuis 1700 ans.
Saint Antoine est habituellement représenté avec son cochon, animal qui l’aurait accompagné dans sa vie au désert. Dans ce retable, il est sur un petit nuage, en habit de moine hospitalier.
Tout en haut du retable on trouve la très spécifique croix de St Antoine le grand : le tau, qui a la forme de la lettre grecque « T » (première lettre de Théos, Dieu) croix à la symbolique complexe, qui finit par se confondre avec l’emblème héraldique de la béquille des infirmes et des lépreux que l’ordre monastique des Antonins soignait. 
St Antoine ayant aussi résisté au feu des tentations diaboliques, il était invoqué contre l’ergotisme gangréneux (feu de St Antoine) maladie due à un champignon du seigle qui a terrorisé les hommes pendant tout le moyen âge.
En Savoie, Saint Antoine est invoqué en miséricorde et protection des bêtes de somme : mulets et chevaux, qu’on bénissait le jour de sa fête, 17 janvier.
Les reliques de St Antoine le grand se trouvent depuis l’an 1070 à l’abbaye-mère de l’ordre des Antonins en Isère, à seulement 200 km d’ici vers le sud !


Saint Claude

nait 4 siècles plus tard. Sa vie est moins documentée que celle de St Antoine le grand. St Claude quitte la ville, administre pendant un demi-siècle une abbaye dans les forêts du Jura et revêt la dignité épiscopale pendant 7 ans. (Il porte crosse et mitre d’évêque)
St Claude est « oublié » pendant 500 ans, puis on découvre sa dépouille incroyablement bien conservée. L’abbaye devient un très important lieu de pèlerinage et le cadre de miracles retentissants : St Claude est un Saint guérisseur. Il est invoqué contre le « mal de St Claude » (la méningite), la dépression, les maux de crâne. Il est aussi le patron des travailleurs du bois. Il est fêté le 6 juin.  Ses reliques sont à l’abbaye de St Claude, à 250 km d’ici vers le nord !


Saint François d’Assise


La croix en tau est également un symbole des franciscains, ordre de frères mineurs fondé par St François d’Assise
Avant que St Jean-Paul II n’en fasse en 1979 le saint patron de l’écologie, St François, né en 1182 (à 750 km d’ici vers le Sud-Est.)  Amoureux émerveillé de la création divine, tout imprégné de miséricorde, St François est l’ami des animaux (on le représente prêchant aux oiseaux) le frère de tout être vivant. « Epoux de dame pauvreté » François travaille dans une léproserie, se fait mendiant, ami d’un loup errant, missionnaire jusqu’en Egypte, se dédie aux prisonniers chrétiens des pirates mahométans qui martyrisent tout le tour de la Méditerranée. Il serait aussi à l’origine de la belle coutume des crèches de Noël.
On le reconnait ici à l’habit de son ordre (capuchon et corde à 3 nœuds) et aux stigmates (marque d’épine au front et mains trouées : expressions de l’amour du crucifié) dont il fut gratifié le 17 sept 1224. Il est fêté le 4 octobre.


Le salvator mundi

Hormis l’épisode de l’évangile selon St Luc, qui relate la visite au temple de Jérusalem, sa disparition pendant 3 jours et les retrouvailles avec ses parents au milieu des docteurs de la loi, (Il était âgé de 12 ans lors de cet épisode) la jeunesse de Jésus jusqu’au début de son ministère, vers l’âge de 30 ans, n’est pas connue. 
Autant dire que Jésus à cet âge est rarement représenté.


On voit souvent Jésus enfant sur les genoux de sa mère tenant le monde dans sa menotte, mais moins souvent l’adolescent seul.
A partir la renaissance les peintres les plus célèbres (Léonard de Vinci , Dürer…)   ont popularisé la représentation du Christ portant l’orbe
crucifère. Elle est devenue un motif iconographique sous le nom de « salvator mundi » : une variation du Christ en gloire médiéval.
Seulement mais ce Christ était presque toujours adulte.

La jolie statue qui occupe l’attique de ce retable représente Jésus  âgé d’à peu près à  12 ans, en salvator mundi, bénissant et faisant le signe de la trinité de sa main droite et tenant un orbe crucifère dans sa main gauche.  C’est une originalité à cause de l’âge de Jésus.

L’orbe est un globe représentant le monde terrestre, planté ici d’une superbe croix tréflée, de même proportions que les croix de consécration de cette église, sur chacun des piliers.
L’orbe crucifère symbolise la domination temporelle — et non seulement spirituelle — du Christ sur le monde.
C’est le même orbe crucifère qui figure au couronnement de presque tous les rois d’Europe. 

Petit rappel : on sait que la terre est ronde depuis l’antiquité grecque, et non pas depuis la renaissance de Copernic et Galilée …. Les premiers orbes datent du 5ème siècle.