Le retable de Saint Laurent

Le retable st Laurent est un don de Laurent Serret fait en 1695, donc un des premiers installés dans la nouvelle église.
Ce retable est organisé sur 3 thèmes : la pauvreté, la porte du ciel et l’ange gardien. Ce qui le rend bien difficile à lire de nos jours.
C’est un meuble très soigné où pas un seul élément n’est moins bien traité : de la qualité du cadre aux 4 colonnes torses couvertes de vigne très finement travaillée, aux 8 anges latéraux du cadre ou des cartouches, en passant par les chapiteaux de feuillages, les plumes et les drapés.

La porte du ciel

On commence par ne voir que la superbe porte du ciel : bien dorée, bien lumineuse dans ses nuages potelés où volètent des angelots , mais porte finalement…bien fermée, pour une porte du paradis, ou porte du ciel, porta coeli. C’est un thème bien énigmatique dans un retable finalement consacré à la pauvreté, à l’exil, aux longues marches, à l’espoir d’aides imprévues.
On attendrait ici Saint Pierre avec ses clefs ou St Michel avec sa pesée des âmes. On a la porte et 2 évêques docteurs de l’église qui ont tous les deux beaucoup écrit sur la véritable porte des cieux : l’amour.


Saint Laurent

Saint Laurent est , depuis bientôt 1800 ans, le premier saint patron des pauvres
Diacre de l’Église de Rome, il  a été martyrisé sur la Via Tiburtina pendant les persécutions de l’Empereur Valérien, le 10 août 258.

Voici son histoire :
Laurent avait pour fonction d’être le gardien des biens de l’Église : c’était le comptable. Lorsque l’empereur Valérien prend un édit de persécution interdisant le culte chrétien, même dans les cimetières, il est arrêté en même temps que le pape et les autres diacres. Ils sont tous décapités, sauf Laurent, épargné dans l’espoir qu’il va livrer les supposés trésors de l’Église à l’empereur. Laurent pleure en voyant les autres partir, se croyant indigne de partager leur martyre . Saint Sixte, le pape,  le rassure : il ne tardera pas à le suivre. Sommé de livrer les trésors, Laurent rassemble les pauvres, les infirmes, les boiteux, les aveugles et leur distribue tout l’argent dont il dispose ! Pas un sous pour l’empereur, à qui il montre la foule des pauvres en disant : le voilà le vrai trésor de l’église !
 Il est condamné à être brûlé vif sur le gril. Il a encore le sens de l’humour pour dire à son bourreau : “C’est bien grillé de ce côté, tu peux retourner” .
Il fut l’un des martyrs les plus célèbres de la chrétienté. Au Moyen Age, 34 églises lui sont consacrées à Rome !   84 communes françaises portent encore son nom.
La Tarentaise, pays de pauvreté où la vie était si âpre, le vénère tout particulièrement.


Tobie et l’archange Raphaël


Sur le devant, tournant le dos à la porte des cieux, l’archange Raphaël (« Dieu guérit ») conduit l’enfant Tobie dans le désert.

Voici l’histoire qui se déroule quelque part vers le VIII siècle avant JC, relatée dans le “livre de Tobie” dans l’ancien testament :
Juif pieux déporté à Ninive (Irak actuel), Tobie-le-vieux, devenu aveugle après avoir reçu de la fiente d’oiseau dans les yeux, envoie son fils Tobie-le-Jeune recouvrer une forte somme d’argent à son débiteur, installé à Ecbatane en  Médie (En Perse, Iran actuel)  Un beau jeune homme qui connait le chemin se présente pour l’accompagner dans ce très long voyage.
Le débiteur est  père de la belle Sara, que Tobie souhaite bientôt prendre pour épouse. Mais ses 7 premiers maris sont morts sur le seuil de la chambre prévue pour leur nuit de noce, tués par un démon ! Le jeune homme met Tobie en possession de remèdes qui  délivreront Sara de ses sortilèges grâce au fiel d’un poisson. Les noces de Tobie et Sara sont bientôt célébrées. Le jeune Tobie retourne finalement chez lui, où on le croyait mort, avec son précieux ami et Sara. Il  rend la vue à son père grâce foi du poisson. Alors seulement l’ami montre sa vraie nature : l’archange Rahaël, l’ange guérisseur, le mèdecin divin. 
 
Le choix de représenter cette histoire ne s’en réfère pas à l’histoire d’amour de Tobie et Sara, mais au fait que le sort des pauvres est de courir les chemins de montagne, parfois jusqu’à l’autre bout de l’Europe, pour du colportage ou pour chercher des places d’ouvriers, de ramoneurs, de porte-faix…  Ils partent bien sûr sans bonnes chaussures. D’où peut-être les superbes bottes rouges de l’archange. (« pas habitué à marcher puisqu’il vole ! Parole de jeune public)
Ils partent forts jeunes : ce sont des enfants qu’on fait grimper à l’intérieur des cheminées… St Raphaël est le protecteur, des pharmaciens, des  voyageurs et les hôteliers qui les accueillent, mais surtout des adolescents quand ils quittent pour la première fois la maison… comme Tobbie.
Cette histoire, c’est aussi l’idée que Dieu n’est pas lointain, mais qu’il est au contraire très proche, plus qu’on ne le pense. Nous ne voyons pas les ailes de ses anges,  mais ils  prodiguent  soins et  secours, comme le ferait un ami empruntant le même chemin que nous.
Combien de maman sont venues confier à L’archange de ce retable leurs enfants partis par monts et par vaux ?
Curieusement il manque ici un personnage mentionné dans le texte biblique et qu’on aurait pu attendre dans un pays de bergers : le chien de Tobie ! Le chien avait très mauvaise cote dans l’ancien testament. Celui de Tobie est le premier qui ait une image positive : la bible le fait gambader autour du jeune homme et de son compagnon de voyage : il déboule, fait confiance à la providence et, à la fin de sa vie, prévient encore Tobie-le-vieux du retour de Tobie-le-jeune.
Citons Lamartine : “là où il y un malheureux, Dieu envoie un chien”



Saint Augustin

St Augustin,
docteur de l’église, mort en 430 à Hippone (actuelle Algérie) est avec St Ambroise de Milan, St Jérôme de Stridon et St Grégoire le Grand, l’un des quatre Pères de l’Église occidentale et le premier des docteurs de l’Église. Ces 4 docteurs sont presque systématiquement représentés dans les églises baroques, le plus souvent tous ensemble.  Pourquoi St Augustin est-il seul sur ce retable ? Peut-être pour souligner la valeur du martyre de St Laurent puisqu’il a écrit  :
“Le peuple de Dieu n’est jamais instruit d’une manière plus profitable que par l’exemple des martyrs. Si l’éloquence entraîne, le martyre persuade… »

Augustin est un théologien chrétien romain d’origine Berbère.
Augustin a contribué fortement, entre autre, à mettre au premier plan le concept d’amour dans le christianisme. Très prolixe, il est l’auteur de 3 ouvrages retentissants dans la pensée chrétienne : Les Confessions, La Cité de Dieu et De la Trinité.


Saint François de Sales

De l’autre côté du retable : un autre docteur de l’église , de 1200 ans plus proche de nous : Saint François de sales. Même attitude, même expression du visage : sans doute même modèle pour les deux formidables évêques…qui rappellent beaucoup les Saints du retable de St Antoine. Sans doute même sculpteur !
Saint-patron de la Savoie
(21 août 1567 – 28 décembre 1622) François de Sales fut évêque de Genève. Cette ville étant devenue « la Rome des calvinistes », il s’installa à Annecy. Saint François a inlassablement prêché la foi catholique dans les montagnes tentées par le protestantisme. C’est un pilier de la contre-réforme catholique qui s’est distingué par sa diplomatie et son courage : il fut un théologien très écouté des grands de ce monde. Toujours par monts et par vaux, il alla jusqu’à faire du porte-à-porte et distribuer lui-même écrits et sermons imprimés, une première dans l’église. Il est donc également protecteur des écrivains, journalistes et imprimeurs.
Erudit et fervent savoyard, il fonde en 1607 l’Académie florimontane, première société savante de langue française, 20 ans avant la création de l’académie française de Richelieu.
Il fonde avec Sainte Jeanne de Chantal l’ordre de la visitation (de nos jours encore, environ 250 moniales, les visitandines, dans 150 monastères du monde entier)
C’est lui surtout qui a su convaincre que la sainteté n’est pas réservée aux gens d’église, ni aux rois, ni aux grands martyrs, mais à tout-un-chacun, dans son contexte de vie.
Saint François de Sales prêche la douceur et le paron.
Il est même déclaré « docteur de l’amour ».