Le retable des âmes du purgatoire

Retable offert par Maurice Merloz en 1699. 
Sa fortune venait du Piémont où il avait émigré.

Le purgatoire

Le purgatoire est un concept catholique que ne reconnaissent pas les orthodoxes ni les protestants.
C’est un séjour de purification entre l’enfer et le paradis, donc dédié à tous ceux qui ne méritent pas d’aller directement dans l’un ou dans l’autre. Ils ont commis des péchés véniels et non mortels (idée qui s’installe tout au long du haut Moyen Âge). 
C’est un temps entre la mort et le pardon des péchés.
Avant le XIe siècle, le purgatoire n’est pas un lieu mais un état de l’âme. Il n’est donc pas représenté.  Le deuxième concile de Lyon (1274) lui donne son statut de lieu et lui associe le feu, élément qui a un rôle naturellement purificateur : Il brûle l’intérieur, ce qui est caché à la vue. 
Néanmoins, secourir les défunts par la prière est une pratique qui existe bien depuis les tout premiers chrétiens.
C’est l’objectif des retables aux âmes du purgatoire : rappeler que presque tout le monde passe par cette étape. (y compris les Empereurs, rois, ducs, contes et le clergé : pape, cardinal, évêque) comme le signifie crûment les têtes de morts coiffées de la prédelle)
Un séjour cuisant qui peut être écourté par les prières des vivants : chaque messe dite au nom du défunt abrège ses souffrances.  Certains saints prêtres sont parfois représentés se penchant sur le feu pour que leurs ouailles puissent attraper leur étole et se sauver. Toutes  les confréries consacrent temps et budget pour les prières et messes aux âmes du purgatoire.
On remarque en face du retable, au sud du pilier, le « tronc aux ame du purgatoire » (qui a ravi des générations d’écoliers à cause de la faute d’orthographe gravée pour l’éternité !)

Le tableau n’est pas un modèle du genre. C’est une commande composite.
On y voit des paroissiens souriants dans le brasier et on devine un mouvement qui les aspire vers le ciel,  peut-être pour bien signifier qu’il ne s’agit pas de l’enfer mais bien d’un lieu d’où l’on va s’échapper.
On souligne souvent la grande crainte que nos anciens avaient de Dieu et de la mort. Le purgatoire représentait malgré tout l’ultime lueur d’espoir !
Par dessus les flammes caracole sur son cheval blanc St Maurice, patron du
donateur. L’ensemble est séparé du ciel où la Ste Trinité couronne la vierge par un coussin d’angelots.  Sur le cartouche en latin « ayez pitié de moi, vous du moins qui êtes mes amis »
Le purgatoire est aussi représenté sur le tableau de la chapelle de Beaupraz.


Les épidémies de peste ont pourvu le purgatoire en âmes qui n’ont pas eu le temps de se préparer à la mort. Quand ce retable est construit, la dernière attaque sur la petite société de Peisey date d’un demi siècle.
Elle a décimé des familles entières. Deux Saints sont invoqués :

Saint Sébastien

Saint Sébastien a résisté à toutes les attaques du mal, y compris les flèches qui l’ont transpercé. Il est donc invoqué pour que la peste ne nous atteigne pas.

Sébastien est né à Narbonne en Gaule au 3ème siècle. Il a un parcours similaire à celui de St Maurice : brillant militaire de carrière, il n’échappe pas à la persécution. Pour avoir soutenu ses coreligionnaires dans leur foi et accompli plusieurs miracles, il subit le martyre. Attaché à un poteau et transpercé de flèches, il survit. On l’exécutera donc à coups de verges.
Sa représentation dans les arts, surtout à partir de la Renaissance, connaitra une carrière assez spéciale : c’est pratiquement le seul corps masculin qu’on représente nu, athlétique, et dont on travaille la plastique, à une époque où les corps sont soigneusement habillés. Notre époque férue de belle santé et de corps parfaits voit en St Sébastien l’héritier des beaux éphèbes de la Grèce antique…
Saint Sébastien est aussi représenté dans la chapelle de la Chenarie.


Saint Roch


Saint Roch a été  pesteux, mais il n’en est pas mort. Il est donc invoqué pour la rémission des malades .
St Roch est né plus de 1000 ans après St Sébastien, mais dans la même région : le Languedoc, à Montpellier.
C’est un pèlerin thaumaturge , protecteur des pèlerins, de confréries de médecins,  et des animaux.
De naissance extraordinaire (né avec une croix rouge sur le cœur), orphelin riche et instruit à 17 ans, il distribue ses biens aux pauvres et rentre chez les franciscains. Au long de son pèlerinage à Rome, son charisme auprès des malades de la peste est vite repéré. Il tombe lui-même malade, se cache dans un bois ou un chien lui apporte chaque jour un pain. Il guérit et retourne soigner les autres. En chemin il est pris pour un espion. Fidèle à son vœux d’anonymat des pèlerins, il meurt en prison au bout de  5 ans le 16 aout 1379.




L’œil de la providence

la Sainte Trinité, à laquelle est dédiée cette église, est présente sur tous les retables, d’une façon ou d’un autre. Un Dieu unique en trois personnes distinctes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, égaux, ayant la même substance divine, principe fondateur commun aux principales confessions chrétiennes : catholicisme, orthodoxie et protestantisme. Le fondement de cette doctrine est exprimé lors 1er concile de Constantinople  en 381.
La clef est donc le chiffre 3 : croix tréflée, Christ ou saint bénissant de 3 doigts, couronne triple, Dieu le père coiffé d’un triangle etc…
Ici nous avons, sous une colombe du Saint Esprit, un triangle au milieu d’une gloire (rayons d’or). Au centre du triangle, l’œil  de Dieu. On appelle ce motif iconographique L’œil de la Providence ou l’« œil omniscient »
Dieu est omniscient, omniprésent, omnipotent.
Ce symbole est repris de nos jours sur divers supports et peut avoir des significations plus ou moins inattendues ou ésotériques :
L’œil de la Providence est  visible dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Il est aussi présent sur le Grand sceau des États-Unis d’Amérique (et sur les billets de un dollar !)

Ecce homo

« Voici l’homme ». expression prêtée à Ponce Pilate, gouverneur romain de Judée, lorsqu’ ‘il présente Jésus battu et affublé d’oripeaux royaux à la foule qui réclame sa mort.
Jésus sort de l’ombre après la flagellation, les mains entravées. Les soldats l’ont vêtu d’une cape rouge et coiffé de la couronne d’épine. Quelque fois il tient un sceptre de roseau.
Un Ecce Homo sur le plan artistique est une représentation de Jésus ayant subit l’outrage d’être fouetté et moqué.  Il est souvent debout mais le monde latin le représente plutôt accroché à une demi colonne, le dos rayée par les coups de fouets. Ici son trône est changé pour une barre sur laquelle il est presque impossible de se tenir assis. Son visage exprime la plus complète affliction.
A Peisey, une statuette au dessus du tabernacle représente la même scène.


Sainte Élisabeth de Hongrie

Fille du roi André de Hongrie (qui anima la 5ème croisade).
Fiancée à 4 ans et mariée à 14 ans au landgrave Louis IV de Thuringe, Élisabeth vécut de 1211 à 1228. Le couple est très uni et a trois enfants. Des franciscains font découvrir à la jeune Landgravine l’esprit de François d’Assise. Elle renonce rapidement à une vie de frivolité et de luxe pour s’e mettre au service s’occuper des pauvres, innombrables en cette période troublée. Sa piété la fait juger indigne par la cour et notamment sa belle-mère. Un jour que la jeune souveraine dépose sa couronne au pied de la croix dans une église ; sa la prend publiquement à partie et lui fait remarquer que son attitude est indigne d’une princesse. Élisabeth lui rétorque qu’elle ne saurait porter une couronne d’or quand son Dieu porte une couronne d’épine. Un autre jour qu’elle cache du pain dans son tablier pour le donner aux pauvres, elle est prise sur le fait, mais le pain se transforme en roses : on ne peut plus rien lui reprocher. Son époux meurt de la peste en 1227. Elle n’a que 20 ans mais refuse d’être remariée. Sa belle-famille la chasse avec ses trois enfants. Désormais, elle consacre toute sa vie et son argent aux pauvres pour qui elle fait construire un hôpital. Elle meurt à 24 ans.
Sainte Élisabeth de Hongrie est également représentée aux Vernettes.


Saint Jacques d’Assyrie

Un saint que vous ne verrez pas beaucoup en dehors de la Tarentaise : il en est l’évangélisateur. Donc un saint local…qui venait de fort loin : le nord de la Mésopotamie. Officier de Perse combattant les romains, il aurait rencontré en Grèce Honorat qu’il aurait suivi sur l’île de Lerins, foyer de christianisation de la Provence. Vers 420 Honorat, devenu évêque d’Arles, l’envoie évangéliser les Ceutrons, obscur peuple d’une vallée fermée au cœur des Alpes centrales.
A partir de là , légendes et miracles ponctuent la vie de St Jacques.
Un ours attaque ses bœufs  qui transportaient des matériaux pour construire un château. Le saint ordonne à l’ours de prendre la place de ses victimes et de tirer le chariot. L’ours s’exécute…
Une autre fois, lors de la construction d’une chapelle, Jacques se trouve avec une poutre trop courte qu’il arrive à allonger en l’aspergeant d’eau bénite...
St Jacques de Tarentaise est fêté le 16 janvier.
St jacques de Tarentaise est également représenté dans la chapelle de Nancroix.