Le retable du Rosaire

Ce retable est un don ex-voto du curé de Peisey de l’époque, Jean-Pierre Marion. Il date de 1690.
Il remplace une chapelle de l’ancienne église qui existait depuis le 15ème siècle.

Notre Dame du Rosaire

Marie reine du ciel , reine du très Saint Rosaire est ici une vierge couronnée.
Mais pourquoi 3 couronnes  (un trirègne) ? 
Pour finir, ça n’est pas si facile de savoir.
Ni le couronnement de la vierge, ni l’apocalypse ne mentionnent cette couronne triple .
On lit parfois que la couronne symbolise
l’excellence, le pouvoir et la bonté.
La piété populaire parle des 3 mondes :
l’enfer souterrain, la terre et le ciel.

La coiffe du petit jésus est plutôt une tiare
fendue en 3 parties, surmontée d’un tout petit orbe.
Ce qu’on voit surtout, c’est la grande tendresse de Jésus qui nous bénit de la main droite et tient un bel oiseau sur son genou.
Au 15ème et 16ème siècles les représentations dites « de la vierge à l’oiseau » ont  été les
sujets de multiples tableaux de peintres célèbres. Mais il s’agissait la plupart du temps d’un chardonneret.
Ici, la taille et la couleur de l’oiseau nous ramènent à la colombe du Saint-Esprit.

Histoire du Rosaire

Le Rosaire est un exercice de piété qui consiste à dire une série d’oraisons. Consacré à la Vierge Marie, il tire son nom du latin ecclésiastique rosarium qui désigne la guirlande de roses dont Marie est généralement entourée. On attribue à St Antoine d’Egypte (retable voisin) l’invention du komvoskhinion, chapelet orthodoxe encore utilisé par les moines du mont Athos.
Les Cisterciens du 12e siècle font usage d’un chapelet, mais c’est au 13ème siècle que St Dominique reçoit de la vierge un rosaire (voir plus loin). Puis c’est un frère dominicain Alain de la Roche qui devient l’apôtre de cette pratique et la diffuse.
Enfin le concile de Trente (1563) lui fait une large place.
En 1571, c’est la bataille navale de Lépante :  286 galères turques, avec des rameurs  chrétiens réduits en esclavage, contre 208 galères  de la Sainte Ligue, dirigée par Don Juan d’Autriche, 25 ans. Seuls l’Espagne, l’Autriche, la Savoie et quelques
principautés italiennes participent aux côté du pape Pie V, très, très inquiet. Les autres pays européens ont d’autres chats à fouetter avec la montée du protestantisme. L’Europe va-t-elle rester chrétienne ou basculer dans l’Islam ? Le 7 octobre, Par une prescience miraculeuse, le pape est informé de la victoire de Lépante à l’instant même où elle est acquise à près de 1000 km de Rome. (la nouvelle officielle arrivera le 24 !) Depuis, la fête du Rosaire est fixée au 7 octobre et le mois d’octobre est consacré à la récitation de cette longue prière, autrefois faite par des groupes de jeunes filles au pied du retable.

Le rosaire est avant tout une école d’oraison et de contemplation, ce qui implique qu’il soit pratiqué régulièrement.
La manière de le réciter est décrite par Louis-Marie Grignion de Montfort dans Le Secret admirable du Très Saint Rosaire pour se convertir et se sauver.
Le chapelet c’est  50 « je vous salue marie » mais surtout 1/3 du rosaire. Unité de base : 150  Pourquoi ? Parce qu’il y a 150  psaumes dans la bible.
Dire son rosaire, c’est égrener un chapelet le matin, un le midi, un le soir.
Chacun étant fractionné en dizaines (5 dizaines) pour méditer les épisodes de la vie du christ.
Le premier chapelet comprend les mystères joyeux (lundi et samedi), le deuxième les  mystères lumineux (jeudi), le troisième les mystères douloureux (mardi et vendredi) et le quatrième les mystères glorieux (mercredi et dimanche).
Depuis le pontificat de saint Jean-Paul II, un quatrième chapelet a été ajouté, portant le total à vingt dizaines.

Les prières récitées sont :
Sur la croix : le Credo.
Sur les gros grains : le Notre Père (Pater Noster).
Sur les petits grains : le Je vous salue Marie (Ave Maria).
Sur le plus gros grain : le Salut, ô Reine (Salve Regina)
À la fin d’une dizaine : le Gloire au Père (Gloria Patri).


La confrérie du Rosaire

A Peisey, il y avait  une confrérie du Rosaire (association de chrétiens destinée à encourager et diffuser la méditation du 
Rosaire). Cette confrérie, fondée en 1604, était destinée aux laïcs comme aux religieux, et disposait de statuts : 2 procureurs qui gèraient la « chapelle » , ses biens, en rendent compte devant notaire.
La confrérie était ouverte à tous :  riches, pauvres, indigents. Les membres vivaient une solidarité spirituelle et étaient tenus de dire un rosaire durant la semaine. Des messes de requiem étaient offertes pour les membres défunts de la confrérie et des prières du rosaire l’étaient  pour les âmes du purgatoire et les confrères trépassés.
Une des premières et plus grandes confrérie du Rosaire était celle de Cologne ( plus de 100 000 confrères), précisément là où les habitants de Peisey ont été chercher les reliques de Ste Ursule.
Lors de la fondation d’une confrérie du Rosaire, les dominicains (couvent à Moutiers-Tarentaise) demandaient que soit réalisé un autel du rosaire ainsi qu’une bannière du rosaire.
En 1826, la lyonnaise Pauline Jaricot, (qui vient d’être béatifiée le 22 mai en 2022) fonde le Rosaire Vivant, agrégé à l’Ordre des dominicains dix ans plus tard, et évoluant ensuite en équipes du Rosaire.


Les quinze médaillons

Tout autour de la niche de la vierge : 15 petites toiles dans des cadres dorés piqués de 4 têtes d’anges. Nicolas Oudéart, peintre originaire du Beaufortin, a peint avec beaucoup de finesse les mystères du Rosaires :
en bas : les mystères joyeux, la naissance du Christ (annonciation, visitation, nativité, présentation au temple, Jésus avec les docteurs de la loi.
A gauche : les mystères douloureux, la passion ( Getsemani, le couronnement d’épines, le portement de croix, la flagellation, la crucifixion.)
A droite : les mystères glorieux : la résurrection, l’ascension, la venue de l’Esprit saint, l’assomption et le couronnement de la vierge.


Saint Dominique


Dominique Nuñez de Guzman né vers 1170 en Espagne, et mort le 6 août 1221 à Bologne, en Italie. 
Avant sa naissance sa mère a eu la vision d’un chien tenant une torche allumée dans la gueule pour éclairer le monde. 
St Dominique est le plus souvent représenté avec ce chien.  D’ailleurs le nom des futurs dominicanes ( en espagnol) sonne comme « les chiens du seigneur ».
Entré très tôt dans le monde ecclésiastique (7 ans) , il se distingue de bonne heure par la ferveur de son zèle et par son talent pour la prédication : « Aussitôt celui-ci se mit à briller parmi les chanoines comme l’étoile du berger » (il est souvent représenté  avec cette étoile au front)
 Dominique parcours l’Europe pour sa formation et pour différentes missions. En chemin pour évangéliser les Coumans d’Ukraine, le pape lui demande de s’arrêter en Languedoc pour rechristianiser les cathares. En 1208, Au terme de trois jours de prière dans la forêt aux portes de Toulouse, la vierge lui apparaît et lui confie un Rosaire pour venir à bout de cette tâche compliquée. Dominique ne prend aucune part à la guerre (la croisade contre les albigeois) ne voulant d’autres armes que la prédication, la prière et les bons exemples. D’ailleurs il meure avant que ne soit créée l’inquisition. Il partage le titre de « marteau des hérésies » avec St Antoine de Padoue.
Dominique fonde en 1216 l’ordre des Prêcheurs, mieux connu aujourd’hui sous le nom de dominicains sans doute inspiré par le tout récent ordre mendiant de François d’Assise. Les prêcheurs devront  s’instruire sans relâche.
Saint Dominique est canonisé 13 ans après sa mort , en 1234. Autrefois fêté le 4 août puis  le 8 août depuis le concile Vatican II.
Saint Dominique en l’église de Peisey n’a ni son chien, ni son étoile et il a même perdu le rosaire qu’il tenait manifestement en main ! Mais il respire la bonté et tient un livre.



Sainte Catherine de Sienne

Catherine nait en 1347 en Toscane, l’année de l’arrivée de la grande peste noire qui ravagera l’Europe pendant 100 ans… Le monde féodal change : les états refusent la primauté du pape sur les rois.
23ème d’une famille de 25 enfants, Catherine nait et grandit à Sienne, et
désire très tôt (7 ans) se consacrer à Dieu, contre la volonté de ses parents.
Première demande pour rejoindre les sœurs de la Pénitence de saint
Dominique : refus. Trop jeune, trop jolie et trop exaltée… Elle ne sera admise au noviciat qu’en 1365, à 18 ans. Elle apprend à lire, se forme, complète ses connaissances théologiques, soigne pauvres et malades, guérit beaucoup.
Elle est très vite marquée par des phénomènes mystiques comme les
stigmates (marques de la passion du Christ, comme St François d’Assise) , un mariage mystique et un songe ou St Dominique lui tend un lis. Elle débute son engagement public en 1368 : active et diplomate, elle accompagne l’aumônier des dominicains auprès du pape à Avignon, en tant qu’ambassadrice de
Florence, ville alors en guerre contre le pape. Son influence sur le pape  joue un rôle avéré dans la décision du pontife de quitter Avignon pour revenir à Rome. Elle est ensuite envoyée par celui-ci négocier la paix avec Florence. Grégoire XI étant mort et la paix conclue, elle retourne à Sienne.
Elle continue d’envoyer de nombreuses lettres aux princes et cardinaux, pour promouvoir l’obéissance au pape.
Ses écrits, et principalement Le Dialogue, son œuvre majeure, sont  un
ensemble de traités qu’elle aurait dictés lors d’extases. On y trouve notamment la conviction de l’existence d’une « cellule intérieure » : l’âme est habitée par la  Trinité.
Elle meurt le 29 avril 1380, épuisée par ses pénitences.
Elle est canonisée en 1461, déclarée sainte patronne de Rome en 1866, et de l’Italie en 1939. Elle est la première femme déclarée « docteur de l’Église » en 1970.
Elle est représentée dans son habit (normalement noir) souvent tenant un lis à la main, la main parfois marquée d’un stigmate. Rien de tout cela ici mais sa main gauche semble avoir aussi perdu le chapelet qu’elle tenait à l’origine.


Saint Pierre

On ne présente plus Saint Pierre, apôtre, premier pape,  martyrisé à Rome, la tête en bas sur la croix, et figurant également au retable majeur de cette église. 
On reconnait St Pierre à ses deux clefs, qui figurent aussi sur les armoiries du Saint Siège.
La public pense en général qu’il s’agit de la clefs des enfers et de celle du Paradis. Mais au 17ème siècle c’est encore St Michel  qui procède à la pesée des âmes, et non St Pierre sur un coin de nuage comme on le représente de nos jours.
Les  clefs renvoient à l’épisode de l’Evangile selon Matthieu où Jésus remet à Pierre les clés du Royaume des Cieux, l’une céleste en or, l’autre terrestre en argent.
” Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. “
Les clefs de St Pierre étaient invoquées contre la rage :
St Pierre a de son vivant mit en fuite les chiens enragés de Simon le Magicien, le favori de Néron et, beaucoup plus tard  il est apparu à saint Hubert pour lui remettre les clefs ayant pouvoir contre ce mal. On soignait donc les morsures d’animaux
enragés… avec des clefs de fer chauffées à blanc.
Le St Pierre de ce retable n’a pas de clef mais un gros livre fermé !
A se demander si c’est bien lui.



Saint Jean l’évangéliste

Saint-Jean, le disciple préféré de Jésus, celui à qui il confie sa mère à sa mort est présent dans toutes les églises. (3 statues dans cette église : la poutre de gloire, le retable du saint rosaire, le retable de saint Jean-Baptiste)
Comme du temps de Jésus il était le plus jeune de ses disciples, il est toujours
représenté dans la fleur de l’âge. C’est pourtant lui qui a vécu le plus vieux parmi les disciples. Qui dit « jeunesse »dit « belle chevelure et figure glabre » : il est parfois pris pour…une sainte.

Il est représenté :
– disciple bien aimé, lors du dernier repas de Jésus, la sainte Cène, souvent la tête posée sur l’épaule du Christ.
–  au pied de la croix,  moment où Jésus lui confie sa mère (poutre de gloire)
–  écrivant son évangile (avec les symboles du livre, de l’aigle et de la plume)
–  lors de la conversion des païens d’Ephèse (avec un calice)  
– lors de son martyr à Rome, (dans un chaudron d’huile bouillante)

Il est représenté ici (et sur le retable de St Jean-Baptiste) avec son calice, sa coupe plus précisément.  Ce calice est ici vide, contrairement à celui des Vernettes ou celui
du Villaret.
On voit habituellement sortir de la coupe un petit dragon. Cet être, le plus formidablement dangereux qui fut, a été domestiqué par le saint pour être mis au service du bien.  Voici l’histoire :

Aristodème, prêtre des idoles à Ephèse, voulu soumettre St Jean à une épreuve :
“Je croirai en ton Dieu si tu bois ce breuvage empoisonné et que tu n’en meures pas ».
Le grand prêtre testa d’abord le breuvage sur 2 condamnés qui moururent sur le champs…
St jean fit un signe de croix sur la coupe et but son contenu d’un trait. Il s’en porta bien, ressuscita les 2 condamnés et convertit toute la région. Ce triomphe de la foi fut rendu possible parce que le poison s’échappa de la coupe sous la forme d’un petit dragon-serpent : une vouivre domestiquée.
Sans la vouivre, la présence du calice dans les mains de St Jean nous renvoie à deux phrases du  nouveau testament, qui annoncent ce miracle de St Jean :
« Il est vrai que vous boirez la coupe que je vais boire » évangile de Mathieu
«  voici les miracles qui accompagneront ceux qui ont cru : quand ils auront bu quelques
breuvages mortel, il ne leur fera point de mal » évangile de marc.
A Ephèse, par l’entremise de St Jean, le Christ dupe le diable en changeant la mort en vie.