Le retable majeur de l’église de Peisey

Histoire

Ce retable a été offert par Monsieur Claude Benoict, originaire de Peisey et ayant fait fortune en piémont : il a légué à sa mort en 1699 5000 florins pour sa construction. Le prix-fait (devis) pour la réalisation est signé par ses exécuteurs testamentaires le 4 août 1700. Le travail est confié au sculpteur Antoine Todesco et J-B. Guelaz qui ont 5 ans pour venir à bout de la tâche.
de hauteur et de longueur du vuide du choeur de ladite église et à la forme et du dessein signé par le Sieur Marion, curé du dit lieu … Tout le relief du dit retable doré, tous les anges avec leurs ailes et linges dorés, toutes les colonnes et termes dorés et généralement toutes les moulures et ornements dorés, sauf les nudités qui seront couleur de chair et les cheveux couleur naturelle”
Et de fait, ce retable de forme carrée de 6.23 m couvre tout le fond du choeur. Il est surmonté d’un attique qui monte jusqu’au creux des voûtes de plafond. 39 m2 au total.

Pendant les années d’invasion et de terreur de la révolution française, le retable a été caché derrière des parois de bois. (Les toutes premières photos montrent que les poutres servant à tenir ces protections étaient encore visibles plus d’un siècle après !) Au lendemain de ces tristes années les Peiserots décident de faire redorer leur retable. “faire racler et dorer à neuf tout ainsi que le calvaire et les statues de St Michel et St Maurice”. En 1828, les frères Gilardi effectuent le travail pour 2500 livres nouvelles. “au grand regret du curé qui aurait préféré que la somme soit dédiée à l’agrandissement de l’église, on utilisa les 1000 livres données par le roi Charles Félix. La commune participa à hauteur de 600 livres et le reste fut payé par la fabrique de la paroisse, les confréries et les offrandes des fidèles. (citation de Mme Gaufilet A la découverte de l’église et des chapelles de Peisey-Nancroix)


L’autel

En 1700, le re-table est un décor derrière la table d’autel qui en constitue la base. L’officiant tourne le dos à ses paroissiens. Pour qu’il soit vu de tous, l’autel est hissé sur une estrade de 3 marches.
Cet autel, le principal de la paroisse est habillé de somptueux devants d’autels, assortis au thème et à la couleur du jour : fête, carême, mémoire de saint-martyr etc…


La prédelle et le tabernacle

Les seuls éléments qu’on peut voir de près, à hauteur d’homme !
La prédelle est découpée en trois niveaux, avec en son centre le tabernacle.
Le premier est de huit caissons en rupture de ligne, décorés en ronde bosse de frises d’angelots : entrelacs fleuris et angelots pour les décors latéraux, angelots musiciens pour les plus proches du saint sacrement.
Le second est de quatorze caissons : têtes d’angelots et entrelacs floraux.
Le troisième présente deux très beaux tableaux dorés en relief : l’annonciation à gauche et la visitation à droite. Le détail de ces scènes, avec des paysages d’arbres, de maisons, de mobilier, de bouquet, avec le travail superbe des tissus, en fait de véritables merveilles. A ce niveau on trouve aussi 2 bustes de soldats romains sont des reliquaires. La paroisse de Peisey s’enorgueillissait de posséder des reliques de Sainte Ursule remise en 1682 par l’archevêque de Cologne à deux peiserots : Jean-Pierre et Georges Richermoz (reliquaire de gauche) ainsi que des reliques des saints martyrs Vigilant, Séverin, Martial et Donat, extraits de la catacombe Sainte Agnès à Rome et certifiées par Benoit IV en 1757 (reliquaire de droite)
La porte du tabernacle est traitée comme les panneaux de l’annonciation et la visitation : de l’or, un paysage (le Golgotha et les oliviers de Getsémani) douceur des visages et rondeurs des tissus et nuages flottants au vent. Il représente une piéta très émouvante. Trois têtes d’angelots avec décor de fleurs et fruits encadrent cette petite porte.
Mais le tabernacle ne se limite pas à se petit meuble. il est surmonté d’un crucifix et de deux angeslorts en pied tenant à bout de bras un petit temple hexagonal, avec 6 colonnes torese et trois statuettes dans autant de niches : au centre une figurine du Christ aux outrages, Ecce Homo, à droite Saint Yves (statuette volée). En haut du temple, garni de 4 pots à feu, un christ triomphant de la mort, ressuscité et marchant à côté de sa croix, se trouve pile devant le motif central du retable.



Scène centrale et volets latéraux

L’église étant dédiée à la Sainte Trinité [Dieu unique en trois personnes distinctes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, égaux, ayant la même substance divine. C’est le principe fondateur commun aux principales confessions chrétiennes : le fondement de cette doctrine est exprimé lors du premier concile de Constantinople de 381.] c’est le thème central de ce retable.
La boule du monde est l’exact centre du retable. Elle est soutenue par la main du Christ. Celle du père la protège et le saint esprit vole au dessus d’elle. Les colonnes sont des anges cariatides, chacun avec son expression et ses mouvements propres.
Saint Pierre est à gauche, Saint Paul à droite.


En attique

Tout en haut du retable, le Christ est bien vivant. Il accueille les fidèles en tenant sa croix. Il vient derrière un ange annonciateur qui sonne trompette à pleins poumons. La facture de cet ange central est remarquable : ailes, habits, chevelure flottent au vent de la victoire. huit autres anges forment cortège : trois sonnent trompette, et 6 portent les instruments de la passion : voile de Sainte Véronique, tenaille, clous, calice, échelle, marteau, éponge, lanterne.
Deux saints très vénérés à Peisey sont de cette fête : saint Jean-Baptiste et Sainte Catherine d’Alexandrie, sainte patronne de la paroisse.